Rentrée des classes...


Demain, Je Suis va reprendre son apparence, retrouver ses fonctions. Ce que Je Suis préfère dans son emploi c'est ouvrir le portail et regarder le petit monde aller et venir. Je Suis se tient bien droit, immobile, contre le montant, face aux premiers, déjà là, déposés à la hâte, au plus tôt, ensuite c'est la marée, jusqu'au dernières vagues de retardataires, Je Suis salue tout le monde, les amicaux viennent lui toucher la main, les pressés se signalent de loin cherchant à accrocher son regard, les timides marmonnent... Je Suis retrouve chaque matin les toujours de bonne humeur, frais et souriants, les jamais contents, tourmentés par un goûter dérobé, un livre oublié, les fuyants, les indifférents, les bizarres, les redoutables, les exubérants agités dès potron-minet. Je Suis ne se lasse pas de les voir défiler, d'échanger un mot, un regard, Chacunchacune laisse sa progéniture selon un code bien établi, les encore un bisou, les qui courent déjà (Je Suis les rappelle à l'ordre, bien sûr), les qui lisent et commentent le menu de la cantine, affiché sur le battant fermé, enfin, tous, aucun ne lui échappe, c'est son métier de s'assurer que les petits rentrent dans l'école et que les grands repartent dans leur vie. Chaque élève a déjà son caractère, sa façon de faire, de se présenter, de passer en vitesse sous son regard perçu menaçant, incarnation de l'autorité républicaine... M., sept ans, arrivait tous les matins, accompagné par sa mère, sérieux et déterminé, il s'avançait jusqu'à un mètre du portail, s'arrêtait, levait les yeux vers lui et lançait d'une voix ferme et forte :"Bonjour, Monsieur le Directeur" et il continuait son chemin sans même attendre de réponse.. Un matin, allez savoir ce qui lui est passé par la tête, il est arrivé, imperturbable comme d'habitude, a respecté sans ciller son rituel mais au lieu de la phrase attendue et cent fois dite, il a tenté : " Bonjour Eric", ...

28 commentaires:

Katy- a dit…

Un portail bleu. C'est le vrai ?! Le "vrai de vrai" comme nos petites têtes à penser aiment à le dire... J'en veux un pareil !! Le nôtre du matin est triste, bouche ouverte sur des montants incolores. La misère des mirettes. Heureusement que ça change quand on entre dans les classes, j'ai toujours le nez en l'air pour mirer toutes les beautés. Les maîtresses et maîtres chaque année, aiment à me garder pour papoter création, je me demande bien pourquoi (...) univers sans cesse instructif et émerveillant..
Anectodique et souriante histoire que celle du petit M. (Mathieu, Mathias, Mathis, Mathéo.. :))...

Bonne rentrée Monsieur Eric
(on a interêt à se tenir tranquille ici maintenant, planquez les chewings !)
:)

Furnshit Original a dit…
Ce message a été supprimé par l'auteur.
Fishturn a dit…

Un petit prince tenta d'apprivoiser un renard, et qu'a ses yeux ça ne soit plus un renard comme tous les autres, et que lui même ne soit plus un petit garçon comme tous les autres.

Et le renard y gagna quelque chose.
...à cause de la couleur du blé.

Coquillage a dit…

Katy,
Le vrai portail est comme tous les portails, blanc, triste, plein de barreaux. C'était Maxime, un drôle d'enfant qui inquiétait ses camarades en leur racontant les opérations à coeur ouvert qu'il pratiquait régulièrement...


Fish,
Je Suis commence très souvent l'année par ce texte, celui-là précisément.
Des fois, Moi Je se retourne subrepticement pour vérifier que Tu n'es pas dans les parages...

Lily a dit…

Un futur blogueur ce Maxime...

lily a dit…

Je remarque qu'en gardien du portail, d'un monde à l'autre, il y a toujours un Chat.

Coquillage a dit…

Lily 1,
Un sacré zigoto le Maxime. probable qu'on entende parler de lui un jour, quelque part.

Lily 2,
Bien vu, le chat, sentinelle entre les deux mondes. En Grèce (photo sur l'île de Paros, juin 2006) Ils sont partout, en parallèle de nos vies.

e-cedric a dit…

"Nous nous rappelons de quelle manière, lorque nous étions enfants, les adultes voyaient clair en nous et quel évènement ce fut pour nous, lorsque, dans la crainte et le tremblement, nous avons réussi à faire notre premier mensonge, découvrant du même coup que nous étions à certains égards irrémédiablement seuls."

Ronald Laing - "Le moi divisé"

coquillage a dit…

e-cedric,
Un double sourire, pour ce texte lumineux, pour ce retour parmi moi... ;-) ; ;-)

dizzie a dit…

Pour la rentrée des petits 6e, je suis chaque année très étonnée de voir que quelques parents tiennent à les accompagner de l'appel jusqu'à l'heure de la cantine : ils mangent avec eux dans le réfectoire !

coquillage a dit…

dis-y,
A force de les voir faire les uns et les autres, on se demande bien quelles motivations les animent, et puis, très vite, on se dit qu'on préfère ne pas savoir.
( Je note que tu parles de "petits" sixièmes. Je te rappelle qu'un sixième, comme une moitié ne sont pas petits ou grands...;-))

Fishturn a dit…

Isis sachant que son fils Horus se bat dans l'eau contre Seth (tous deux transformés en hippopotame), s'arme dun harpon pour défendre son fils, tire, et blesse Horus aux jambes.

dizzie a dit…

"Petits", mot tendre pour souligner leurs hésitations de début d'année. Mais très vite, je les appelle les 6e, me calquant sur leur rapide adaptation.

melo a dit…

A quoi je pense ?

Je pense que toutes les rentrées ont les même issues .

1 heure de retenue de larmes , autant de transpirations pour recouvrir les cahiers et juste cinq minutes pour oublier tout ça !!!

Caillou a dit…

Fish,
...L'Antiquité, c'est le programme de sixième, trop compliqué pour moi. ( J'ai cherché le sens caché mais je suis resté coi. Peut-être si tu me la fais en hiéroglyphes ? )

Dis-y,
L'adaptation, c'est cette faculté qui nous empêche de changer le monde, non ?

Melo,
Moi, je pense que ce matin je ne connaissais pas Hervé Le Tellier et je me demande bien pourquoi. Un type que je vais fréquenter, nous avons des points communs, sur Wikipédia, j'ai trouvé ceci : "Pour vous, je ne sais pas, mais moi, 14,28% de ma vie se passe un lundi."...

Anonyme a dit…

Froid dans le dos à la vue de ces troupeaux déjà bien dociles qui vont se ranger au son de la première cloche.Me rappelle les zombies du métro parisien.Suis une maman que toutes les rentrées mine profondément...

Fishturn a dit…

Oui c'est peu clair je reconnais. C'était juste à propos de ton commentaire qui précedait.
Ca me rappelait la symbolique de cette vieille légende.
La mère qui a trop vouloir protéger son enfant, entrave sa progression, l'empêche d'avancer (blessure aux jambes), ne lui permet pas de se tenir debout dans l'épreuve.

Fishturn a dit…

Pour les hippopotames je ne sais pas. ..Une de chaîne histoire de restaurant à viandes et frites peut être...

altareha a dit…

Bonjour DD, LRDF, SUIS ... contente de te lire. Toujours de la poésie, comme ça, juste mine de rien dire ...
Voeux : Bonne année !

Sergio a dit…

IL est quand meme bien, ce portail. Mais enfin, ouvert, ce serait encore mieux. En plus, ça rappellerait le Sud, ils sont tous comme ça là-bas...

Lily a dit…

C'est parce que les vaches dans le nil elles se faisaient bouffer par les crocrodiles.

Caillou a dit…

Je repasse ce soir dès que je trouve un instant de libre...

Bridget a dit…

Caillou, coquillage, Moi je, Je Suis, Eric... bonjour ;-) !
Bridg' avait semé des miettes et pas des galets, donc arrive un peu en retard évidemment...
Nathalie aime cet espace entre parenthèses et cette douce schyzophrénie... :-)
A bientôt...

Caillou a dit…

Fish,
Un coup bas, à casser le moral à tous les parents.

Ano Nyme,
Ne pas oublier que pour faire un bon zombie, il faut d'abord aller à l'école. Pour les curieux, un rappel à lire, écrit le 16/12/06 chez DD :
"Gagne-pain...
Comme tout le monde, je travaille de temps en temps. La société qui organise mon activité est très exigeante. Il faut reconnaître que mon boulot est très particulier: je suis dresseur de personnes de petite taille. Je ne peux pas vous tout vous dévoiler, je suis soumis à un devoir de réserve mais je prends le risque de diffuser quelques informations sur cette étrange profession.
L'espace dans lequel j'évolue est clos, constitué à la fois de bâtiments froids et d'espaces extérieurs non aménagés. Les petites gens dont j'ai la charge sont déposées chaque matin par leurs propriétaires. Nous organisons alors une surveillance rapprochée même si le grillage qui entoure le local réduit la possibilité de fuite. Au signal sonore, les petites personnes sont rangées par taille et conduites dans des salles où commence véritablement le dressage. L'objectif principal est de les maintenir assises et silencieuses pendant plusieurs heures de suite. Il faut des années à un bon dresseur pour obtenir des résultats probants, mais jamais définitivement acquis. Il ne faudrait toutefois pas croire que notre activité s'arrête là. On leur apprend aussi d'autres tours, pas toujours spectaculaires mais pourtant très difficiles. Les éléments les plus prometteurs arrivent à faire le silence et, simultanément, à lever un doigt, tout en restant assis. Le dresseur donne alors une récompense à la personne de petite taille. Plus la personne est petite et plus le tour est difficile. Comme le dressage dure des années, on doit maîtriser plusieurs techniques. Ainsi, un bon dresseur pose des questions dont il connaît la réponse et n'interroge jamais celui qui connaît aussi la réponse.
Le sujet étant souvent têtu, retors et remuant, il est parfois nécessaire d’utiliser la manière forte. Mais le métier se perd et ce n’est plus ce que c’était. Aujourd’hui la torture se pratique en cachette, les châtiments corporels n'étant plus autorisés. Alors, pour compenser, certains utilisent les espaces disponibles: coins, murs, couloirs... Un jour, j'ai rencontré un imaginatif qui faisait allonger à même le sol les réfractaires. Pour faciliter l'acquisition du silence et de la station assise, il existe des techniques modernes qui servent de prétexte et facilitent l'adaptation. L'écriture sur des cahiers est un moyen efficace de détourner l'attention des gens de petite taille. Quand le cahier est terminé, on le jette. Depuis quelques années, on peut même le recycler... Quand on n'a pas de cahier disponible, on fait juste les lignes, n’importe quel texte fait l’affaire et si on n’a rien sous la main, une seule ligne répétée à l’infini est tout aussi efficace. Une fois, j'ai vu un dresseur, un peu dépassé, qui avait écarté une personne de petite taille dans une salle isolée et lui avait donné une conjugaison (terme professionnel) à effectuer. Sur la feuille, à moitié déchirée, d'une écriture imprécise, on pouvait lire: je dois me taire, tu dois me taire, il doit me taire, nous devons me taire, vous devez me taire, ils doivent me taire... Sur le bulletin, on allait bientôt pouvoir noter: en progrès."

Sergio,
Il est beau parce qu'il n'est pas réglementaire.

Lily,
Pouvez répéter la question ?

Altareha,
La douce folie est la meilleure thérapie contre les grincheux qui gribouillent le monde. Moi et Je vous souhaitons aussi une bonne année.

Bridget,
Merci d'avoir fait la liste, Nous commencions à perdre le fil, à laisser nos morceaux s'éparpiller dans tous les sens. Nous sommes ravis de te vous retrouver ici pour la suite. A bientôt. ;-)

Fishturn a dit…

Cette fois c'est moi qui ne comprend pas cette histoire de "zombie". Mais...est ce important.

tarmine a dit…

bonjour, eric
l'a voulu montré qu'il savait et qu'il etait de connivence....

Caillou a dit…

Fish,
Mais non, c'est moi qui ai coupé dans le virage.

Tarmine,
Welcome.
Nous sommes tous confrontés à la limite. La plupart s'y soumettent, certains la contestent, quelques-uns la transgressent. Il s'agit là d'une transgression délibérée, et non d'une quelconque connivence. L'élève et le maître ne doivent pas être complices. Le maître doit situer et articuler son action entre exigence et bienveillance. L'exigence, c'est le respect de l'élève, la bienveillance c'est le respect de l'enfant.
Enfin, c'est comme ça que je vois les choses quand je suis au portail...;-)

cambleff a dit…
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